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Mal de dos : savoir quand consulter et comment s'y préparer

La plupart des douleurs lombaires évoluent favorablement en quelques semaines. Certains signes demandent pourtant un avis médical rapide, et quelques-uns relèvent de l'urgence. Voici comment faire le tri calmement, puis tirer le meilleur parti de la consultation.

Stéthoscope posé à côté d'un clavier d'ordinateur blanc sur un bureau

Un dos qui coince après un déménagement mené à bout de bras, une raideur qui traîne depuis dix jours, une douleur qui descend dans la cuisse : face à ces situations, on hésite souvent entre deux attitudes. Attendre en se disant que « ça va passer », ou foncer aux urgences par crainte d'avoir quelque chose de sérieux. Dans la grande majorité des cas, la lombalgie est commune, sans cause grave, et son évolution est favorable. Mais il existe des repères clairs pour savoir quand il ne faut pas attendre. Les connaître permet justement de ne pas s'inquiéter à tort le reste du temps.

Les situations d'urgence : appeler le 15

Quelques signes, rares, imposent d'appeler le SAMU (15) sans attendre le lendemain :

  • une perte de sensibilité au niveau du périnée, c'est-à-dire de la zone entre les cuisses, des fesses ou de l'intérieur des cuisses, parfois décrite comme une sensation « de selle de cheval » ;
  • des troubles pour uriner (difficulté à commencer, impossibilité, fuites inhabituelles) ou pour aller à la selle, apparus avec la douleur ;
  • une faiblesse importante et rapidement croissante dans une ou deux jambes, par exemple un pied qui « tape » au sol ou qui ne se relève plus.

Ces signes peuvent témoigner d'une compression des racines nerveuses en bas de la colonne. Elle reste exceptionnelle, mais elle se prend en charge en urgence. Dans ce cas précis, mieux vaut un appel de trop qu'un appel en retard.

Les signes qui demandent un avis médical rapide

D'autres situations ne relèvent pas du 15, mais justifient de voir un médecin dans les jours qui viennent, sans laisser traîner. L'Assurance maladie, dans sa page consacrée à la lombalgie aiguë et aux signes d'alerte, les détaille. On parle de « drapeaux rouges » :

  • une douleur apparue après un choc important ou une chute, par exemple une chute dans un escalier ou depuis une échelle ;
  • de la fièvre associée au mal de dos ;
  • une douleur qui ne diminue pas au repos, ou qui réveille la nuit sans lien avec les changements de position ;
  • une perte de poids inexpliquée ;
  • un antécédent de cancer, même ancien ;
  • des fourmillements, un engourdissement ou une faiblesse dans une jambe ;
  • un premier épisode de mal de dos avant 20 ans ou après 55 ans ;
  • une douleur qui ne s'améliore pas après quelques semaines.

La présence d'un de ces éléments ne signifie pas qu'il y a quelque chose de grave. Elle signifie que le médecin doit pouvoir examiner la situation plus attentivement. La nuit, le week-end ou un jour férié, si vous avez un doute, le 116 117 permet de joindre un médecin de garde, qui orientera.

Quand prendre simplement rendez-vous

En dehors de ces signes, la situation la plus courante est celle d'un mal de dos sans élément inquiétant. On peut alors prendre rendez-vous avec son médecin traitant, sans urgence particulière, dans plusieurs cas :

  1. la douleur gêne vraiment le travail, le sommeil ou les gestes quotidiens et vous ne savez pas comment adapter votre activité ;
  2. elle dure depuis plus de deux à trois semaines sans tendance nette à l'amélioration ;
  3. les épisodes se répètent plusieurs fois dans l'année ;
  4. vous vous posez des questions sur un arrêt de travail, un aménagement de poste ou une reprise du sport ;
  5. l'inquiétude elle-même prend de la place et vous empêche de bouger normalement.

Ce dernier point compte. La peur de bouger fait partie des facteurs associés au passage vers une douleur durable, d'où l'intérêt de maintenir une activité adaptée malgré la gêne. Un rendez-vous qui rassure et donne un plan concret a donc toute sa valeur, même quand le dos « n'a rien ». Pour comprendre ce qu'on entend par lombalgie commune et comment elle évolue d'habitude, voyez notre présentation de la lombalgie et de ses trois phases.

Préparer la consultation

Une consultation de médecine générale dure souvent un quart d'heure. Arriver avec des informations claires aide le médecin à aller à l'essentiel. Prenez cinq minutes la veille pour noter sur papier ou sur votre téléphone :

  • le début : date, circonstances (un geste précis, un effort, rien de particulier), douleur brutale ou progressive ;
  • la localisation : bas du dos seulement, une fesse, une cuisse, jusqu'au pied ; d'un côté ou des deux ;
  • ce qui aggrave : rester assis, se pencher, tousser, marcher longtemps, se lever le matin ;
  • ce qui apaise : changer de position, marcher, s'allonger, la chaleur ;
  • l'évolution depuis le début : mieux, pareil, pire ;
  • votre activité : métier, temps passé assis, charges portées, trajets en voiture, sport pratiqué ;
  • ce que vous avez déjà essayé, y compris les médicaments pris, pour que le médecin ou le pharmacien puisse en tenir compte ;
  • vos antécédents et les éventuels examens déjà réalisés (apportez-les).

Gardez aussi une ou deux questions précises : « Puis-je continuer à aller au travail ? », « Est-ce que je peux reprendre la natation ? ». Une liste écrite évite de ressortir du cabinet en se rendant compte qu'on a oublié l'essentiel.

Dessin à la plume ancien : un médecin penché vers son patient assis dans un fauteuil
Écouter d'abord : l'interrogatoire reste le cœur de la consultation (dessin à la plume, XIXe siècle).

Ce que le médecin examine

La consultation repose d'abord sur l'interrogatoire, ce que le médecin vous demande, puis sur l'examen. Selon la situation, il peut :

  • observer votre façon de vous déplacer, de vous pencher, de vous relever ;
  • palper la région lombaire et le bassin ;
  • tester la mobilité du dos dans différentes directions ;
  • vérifier la force des muscles des jambes, les réflexes et la sensibilité, pour s'assurer que les nerfs fonctionnent normalement ;
  • réaliser un test classique, jambe tendue soulevée en position allongée, qui renseigne sur une éventuelle irritation d'une racine nerveuse.

À l'issue, il vous explique ce qu'il pense de la situation, vous donne des repères pour reprendre vos activités et peut proposer, selon les cas, des séances de kinésithérapie ou un avis complémentaire. Si vous vous demandez qui fait quoi entre généraliste, kiné et autres intervenants, nous avons consacré un article à la répartition des rôles entre les différents intervenants.

Pourquoi il ne prescrit pas forcément de radio

Beaucoup de patients repartent un peu déçus sans ordonnance d'imagerie. C'est pourtant conforme aux recommandations : en l'absence de drapeau rouge, la radiographie, le scanner ou l'IRM ne sont pas utiles dans la plupart des cas en première intention. Ils ne modifient pas la conduite à tenir et révèlent souvent des images banales, fréquentes aussi chez des personnes qui n'ont pas mal, qui risquent d'inquiéter sans raison. L'examen clinique reste l'outil principal.

Planche gravée de 1739 montrant six vertèbres dessinées sous plusieurs angles
Bien avant la radio, les anatomistes dessinaient déjà les vertèbres (gravure d'après G. de Lairesse, 1739).

Si l'évolution ne suit pas le cours attendu après quelques semaines, ou si un nouveau signe apparaît, le médecin réévalue et peut alors demander un examen. Ce n'est donc pas une porte fermée, plutôt un examen gardé pour le moment où il sera vraiment informatif. Si un symptôme nouveau ou inhabituel survient entre-temps, recontactez le cabinet sans attendre la date prévue : c'est précisément le rôle du suivi.